LA METAPHORE DANS LA VIE QUOTIDIENNE ET EN COACHING

Article n° 3 : la rationalité imaginative (suite du 17 juin 2015)

 

 

La métaphore en tant qu'accès à une autre vérité (au-delà de).

La métaphore en tant que pont vers une autre réalité (entre).

La métaphore en tant qu'aide à la compréhension d'une réalité (à côté de, avec).

 

 

« La métaphore est pour la plupart d'entre nous un procédé de l'imagination poétique et de l'ornement rhétorique, elle concerne les usages extra-ordinaires plutôt qu'ordinaires du langage. De plus la métaphore est perçue comme caractéristique du langage, comme concernant les mots plutôt que la pensée ou l'action. Pour cette raison, la plupart des gens pensent qu'ils peuvent très bien se passer de métaphores.

Nous nous sommes aperçus au contraire que la métaphore est partout présente dans la vie de tous les jours, non seulement dans le langage, mais dans la pensée et l'action (…) la manière dont nous pensons, dont nous avons des expériences et dont nous menons nos activités quotidiennes dépend dans une large mesure de métaphores »...

 

George Lakoff (professeur de linguistique cognitive – université de Berkeley) et Mark Johnson (professeur de philosophie, des arts et des sciences – université de l'Oregon) commencent ainsi le premier chapitre d'un livre étonnant, fruit de leurs explorations en cognitivisme, linguistique et philosophie : « les métaphores dans la vie quotidienne » ; un livre incontournable, à la manière d'un Iceberg, qui permet de comprendre ce qui est à l'oeuvre dans notre langage et dans notre vie en général.

 

La publication d'aujourd'hui va consister, entre autre, à vous faire partager quelques passages « clef » de leurs recherches dont l'axe central repose sur le rôle primordial des métaphores dans la réalité politique, sociale, économique, scientifique, etc...

 

 

 

Au-delà du langage

 

On doit se souvenir ici que nous fonctionnons par analogie. Autrement dit : « la plupart des concepts sont en partie compris en termes d'autres concepts » Lakoff et Johnson.

C'est pourquoi Aristote dans la Rhétorique dit que la sphère humaine est métaphorique.

 

George Lakoff et Mark Johnson confirment ce point de vue et vont plus loin encore quand ils écrivent que la métaphore fait partie de notre vie de tous les jours dans le langage ainsi que dans la pensée et l'action.

Ils ont émis l'hypothèse de la ressemblance entre la linguistique et le système conceptuel de chacun, « Les métaphores dans le langage sont possibles précisément parce qu'il y a des métaphores dans le système conceptuel de chacun».

 

Cette hypothèse s'oppose à la théorie la plus courante : la théorie de la comparaison qui affirme que les métaphores sont des phénomènes de langage, non de pensée ou d'action.

Les nombreuses données qu'ils ont fourni prouvent que la métaphore est un phénomène qui concerne d'abord la pensée et l'action, puis le langage de manière dérivée.

 

En voici quelques illustrations... très surprenantes ;-) 

 

 

La métaphore structurale

 

Un concept peut être métaphorique et structurer partiellement les actes de notre quotidien. Prenons l'exemple des relations humaines et des échanges entre les personnes...

 

Un jour sur la terre , un jour comme les autres... Marie et Paul se retrouvent et décident d'entrer en communication. La conversation s'engage... Chacun prend successivement la parole, écoute l'autre et coopère.

 

Avec le concept de conversation et la métaphore « la conversation, c'est la paix », les mots employés sont relatifs à la paix : « inviter », « partager », « rallier », « mettre en commun », « aimer »...

Nous les retrouvons dans des phrases telles que :« je vous invite à me donner votre opinion », « mettons en commun nos arguments», « partageons nos impressions», «  je me rallie à votre cause », « j'aime vos propos »...

 

La conversation est courtoise et agréable. « Quels que soient les autres objectifs que peuvent se fixer les participants en conversant, les conversations sont d'abord des exemples de relations sociales gouvernées par la politesse ».

 

Jusqu'à ce que cette conversation devienne une controverse et donc une discussion. La différence fondamentale entre une conversation et une discussion réside dans l'impression de se trouver sur une zone de conflit.

 

Avec le concept de discussion et la métaphore « la discussion, c'est la guerre », les mots employés sont relatifs à la guerre : « démolir », « défendre », « stratégie », « indéfendable », « attaquer », « écraser ».

Nous les retrouvons dans des phrases telles que : « vos affirmations sont indéfendables », « ses critiques visaient droit au but », « j'ai démoli son argumentation », « si tu utilises cette stratégie, il va t'écraser », « tu n'es pas d'accord ? Alors défends toi ».

 

La discussion ressemble ainsi à un champ de bataille verbal où les adversaires s'affrontent, s'attaquent et se défendent réellement à « coups » de mots guerriers. Ils peuvent gagner ou perdre.

«  S'il n'y a pas bataille physique, il y a bataille verbale et la structure de la discussion -attaque, défense, contre-attaque, etc – reflète cet état de fait (…) en utilisant tous les moyens verbaux disponibles : l'intimidation, la menace, l'argument d'autorité, l'insulte, l'insinuation blessante, la diversion, le marchandage... ».

 

Fort heureusement, il est possible pour Marie et Paul de quitter les hostilités et retrouver « la conversation, c'est la paix » afin d'expérimenter la douceur de vivre ;-)

 

 

Dans ces exemples, la métaphore « structurale » empreinte la structure du domaine source (la guerre/la paix) pour la reporter sur le domaine cible (la discussion/la conversation). Elle utilise un concept hautement structuré et bien défini pour en structurer un autre.

 

La métaphore d'orientation

 

La métaphore « d'orientation » est une métaphore relative à l'orientation spatiale : haut-bas, dedans-dehors, devant-derrière, dessus-dessous, profond-peu profond, central-périphérique. « Ces orientations découlent du fait que nos corps sont ce qu'ils sont et se comportent comme ils le font dans notre environnement physique. Ces métaphores d'orientation donnent aux concepts une orientation spatiale».

 

Retrouvons Paul et Marie en pleine conversation pacifique sur le bonheur et la tristesse, le conscient et l'inconscient.

 

Dans l'exemple de la métaphore conceptuelle « le bonheur est en haut, la tristesse est en bas », être droit ou debout correspond à un état affectif positif alors qu'être penché est associé à la tristesse.

C'est pourquoi, les mots utilisés correspondent à ce fondement physique : « il a le moral à zéro », « il ne faut pas se laisser abattre »,«je suis aux anges », « ça m'a remonté le moral », « je suis au septième ciel »,

 

Avec la métaphore « le conscient est en haut, l'inconscient est en bas », « le fondement physique est que les humains et la plupart des autres mammifères dorment en position couchée et se lèvent quand ils sont éveillés ».

Nous retrouvons ce fondement dans le langage : « allons, émerge », « il est plongé dans un profond sommeil », « il tombe de fatigue »,...

 

 

Le domaine source spatial « en haut/en bas » sert ici à signifier l'idée de « bonheur/tristesse » ou de « conscient/inconscient » (domaine cible).

 

 

La métaphore ontologique

 

De l'avis de Marie et de Paul, ce type de métaphore est probablement le plus étonnant.

 

En effet, la métaphore « ontologique » fait percevoir les événements, les émotions, les idées ... comme des entités, des substances ou des contenants. Nous pouvons ainsi y faire référence, les catégoriser, en identifier un aspect particulier, voir en elles une cause, agir en tenant compte d'elles, « et peut être même croire que nous les comprenons ». Elles « sont nécessaires ne serait-ce que pour tenter d'analyser rationnellement nos expériences ».

 

  • Identifier nos expériences comme des « entités »

 

C'est le cas par exemple de l'inflation vue comme une entité et ses expressions :

« l'inflation dévore une grande partie de nos revenus », « l'inflation me déprime », « il faut combattre l'inflation », « à l'heure actuelle notre plus grand ennemi est l'inflation »...

 

L'inflation (concept abstrait) est considérée comme un être humain (il y a donc personnification. Ce type de métaphore est très courant) et surtout un adversaire contre lequel nous pouvons agir.

« la métaphore n'est pas tant «l'inflation est une personne » que, ce qui est bien plus spécifique, « l'inflation est un adversaire ».

Grâce à cette métaphore, nous n'avons pas seulement un moyen très précis de concevoir l'inflation, mais nous avons en même temps un moyen d'agir sur elle (…) La métaphore « l'inflation est un adversaire » provoque, mais aussi justifie des mesures politiques et économiques de la part de notre gouvernement... ».

 

Autre démonstration avec la métaphore « les idées sont des personnes » :

« la théorie de la relativité a donné naissance à un grand nombre de conceptions en physique », « il est le père de la biologie moderne », « ces conceptions sont mortes depuis le Moyen Age », « ses idées vivront toujours », « voici une idée qui doit être ressuscitée », « il a insufflé une nouvelle vie à cette théorie ».

 

Dernière illustration, avec la métaphore « l'amour est une personne » :

« ses sentiments me font tomber à la renverse », « son amour m'a touchée ».

 

Dans chacun de ces exemples, nous appréhendons comme humain quelque chose de non humain.

 

 

Comme pour la métaphore d'orientation, le processus à l'oeuvre ici est la convocation d'un domaine source (entité ou substance) pour signifier une idée, un concept appartenant à un domaine cible différent (les événements, les émotions, les idées).

 

  • Identifier nos expériences comme des « substances»

 

Pour illustrer la métaphore de substance, citons le domaine du « transport »... cher à la métaphore !

François Ascher écrit que de nombreuses métaphores «renvoient à une représentation de la chose transportée comme ressemblante ou analogique à celle d’un liquide ».

 

Voici quelques expressions en lien avec la métaphore de substance « la circulation routière est un liquide » :

« La circulation routière s'écoule », « elle est plus ou moins fluide, « il y a des bouchons », « c'est un véritable embouteillage ».

Les anglais disent « traffic jam », « jam » signifiant « confiture » en français... substance savoureuse mais moins liquide ;-)

La circulation routière (concept abstrait) est considérée comme une substance liquide qu'il est donc possible de contenir, réguler, analyser.

 

Autre exemple avec la métaphore « l'amour est un liquide » :

« C'est fluide entre nous », « l'émotion jaillit lorsqu'ils se voient », , « il n'y a aucune vague entre eux », «notre relation coule de source ».

 

  • Identifier nos expériences comme « des contenants »


"Nous sommes des êtres physiques, limités et séparés du reste du monde par la surface de notre peau et nous faisons l'expérience du reste du monde comme étant hors de nous. Chacun de nous est un contenant possédant une surface-limite et une orientation dedans-dehors. Nous projetons cette orientation dedans-dehors sur d'autres objets physiques qui sont aussi limités par des surfaces, et nous les considérons comme des contenants dotés d'un dedans et d'un dehors".

Certaines métaphores considèrent les objets, le champ de vision, les actions, les activités, les événements et les états comme des contenants possédant une surface limite et une orientation dedans-dehors (comme notre propre corps physique).

 

En voici des exemples :

 

La métaphore "les champs visuels sont des contenants": "l'arbre est dans mon champ de vision", "le navire entre dans le champ de vision", "il est maintenant hors de vue".

 

La métaphore "les yeux sont des contenants pour les émotions": "Je pouvais lire la joie dans ses yeux", "son regard était plein de colère", "l'émotion jaillissait de ses yeux".

 

La métaphore "la vie est un contenant" :"j'ai eu une vie bien remplie", "sa vie est bourrée d'activités", "vis pleinement ta vie".

 

 

Les expressions structurées par des concepts métaphoriques

 

Les expressions structurées par des concepts métaphoriques sont employées dans le langage courant sans que nous nous en apercevions, il s'agit pour nous de notre façon normale de communiquer.

 

Voici une liste d'expressions courantes :

 

Pour la métaphore « les théories (et les discussions) sont des bâtiments », les termes employés font référence à l'univers du bâtiment : « l'argumentation est solide », « voici quelques faits pour étayer votre théorie », « son argumentation s'est effondrée », « nous montrerons les fondations de cette théorie ».

 

La métaphore « l'amour est une force physique » (électromagnétique, de gravitation, etc...) : « je pouvais sentir le courant passer entre nous », « je vibrais pour lui», « nous étions portés l'un vers l'autre par une force irrésistible », « sa vie gravite autour d'elle », « l'atmosphère autour d'eux est chargée d'électricité ».

 

La métaphore « la vie est un jeu de hasard » : « j'ai risqué ma chance », « le sort est contre moi », « ce qui est en jeu, c'est l'avenir de notre entreprise », « maintenant je mets cartes sur table ».

 

Difficile dans ces démonstrations de repérer la métaphore. Pour nous, il s'agit simplement de la réalité.

 

 

La rationalité imaginative

 

Laissons la parole à Denis Jamet faisant référence aux travaux de Lakoff et Johnson : « la métaphore est une symbiose entre imagination et entendement car elle nous permet d’appréhender partiellement toutes les réalités qui ne peuvent l’être totalement, que ce soit dans le domaine de la métaphysique, de la poésie, de l’éthique, mais aussi en sciences ; on est alors en droit de parler de « rationalité imaginative ».

 

La science et l'art réunies par la « rationalité imaginative » de la métaphore...

 

  • Dans les discours scientifiques

 

Le recours à la métaphore permet de rendre compréhensible pour «Monsieur et Madame Tout le monde » les concepts scientifiques abstraits.

 

Dans l'exposition Le Silicium au Museum d'Histoire Naturelle, en 1992, on lisait : «...Au crépuscule de sa vie, l'étoile possède une structure en pelure d'oignon ».

Dans le magazine Science et Vie :« la physique quantique est entrée en scène presque sur la pointe des pieds ».

 

La vulgarisation scientifique utilise la métaphore pour la compréhension, éveiller l'intérêt et faire rêver.

 

Au-delà des profanes, les scientifiques reconnaissent que la métaphore est également nécessaire dans la communication entre initiés : « non seulement les métaphores ont un rôle important à jouer dans les progrès scientifiques en permettant de créer un lien analogique entre une potentielle découverte et un autre fait scientifique établi, mais ces métaphores jettent à leur tour un jour nouveau sur les anciennes découvertes en procédant à une re-description du monde existant ».

 

Denis Jamet explique également qu'elle est une phase nécessaire dans les périodes transitoires (« car un concept ne peut parfois exister que lorsqu'il a été nommé par métaphore ») mais non suffisante. La science « a ensuite besoin d’une phase rationnelle, que ne peut lui donner la métaphore, puisqu’elle est tout le contraire ».

 

  • Dans l'art

 

La métaphore ne se cantonne pas au verbal. Avec ses usages étendus à d'autres domaines que le discours, la métaphore est un processus. Elle peut également être caractérisée par l'iconique (la représentation visuelle, le symbole) et le gestuel.

 

Et donc être transposée dans l'Art (peinture, cinéma, sculpture, caricature, musique...) :

 

Au théatre : c'est le cas par exemple du Centre National des Arts Canadien qui propose une formation sur le rôle de la métaphore dans la conception de décors. « Dans une « métaphore visuelle », une personne, un lieu, un objet ou une idée sont évoqués par une image qui induit une comparaison ou une association. Les métaphores visuelles dans la conception de décors peuvent stimuler l’intellect du spectateur de façon telle que celui-ci en retirera une perception plus profonde de l’œuvre qu’on lui présente, étant amené à établir des parallèles et à tirer des conclusions qui l’aideront à apprécier et interpréter le spectacle, et à s’en pénétrer »

 

Dans la musique : « la mise en relation métaphorique peut exister en musique, dans la façon que nous avons de la créer, de la percevoir et de l’analyser ». « La pensée musicale se structure autour d’un traitement métaphorique du fait sonore, aussi bien dans l’écoute que dans l’acte créatif » Giacco.

 

Le compositeur joue avec les tonalités en fonction de ce qu'il veut communiquer (la tonalité majeure donne une sensation de gaieté, la tonalité mineure une sensation de tristesse et de mélancolie - l'inverse à de rares exceptions). Ensuite, l'auditeur « réécrit intérieurement l'histoire musicale » en y ajoutant « sa note » personnelle. « En quelque sorte, l’auditeur retrouve le chemin inverse accompli par le compositeur, qui, par des mécanismes similaires, actualise dans le temps les images ou les schèmes lors de la conception formelle de l’œuvre » Giacco.

 

« Par la porte merveilleuse, Chopin faisait entrer dans un monde où tout est miracle charmant, surprise folle, miracle réalisé. Mais il fallait être initié pour savoir comment on en franchit le seuil ». Franz Liszt

 

 

 

En conclusion, il semble bien, qu'au vu de tous ces exemples, nous prenions notre bain quotidien dans une sorte d'océan métaphorique ! Par chance, nous savons nager ;-) parce que, comme l'écrit Gérard Szymanski, « la métaphore n'est pas une deuxième langue qu'il s'agirait d'apprendre sur le tard au prix de lourds efforts, mais notre langue maternelle, la première que nous ayons parlée ».

 

La prochaine publication sera l'occasion de constater la présence de la métaphore dans l'entreprise.

 

En attendant... bonnes m. . . . . . . .s   ;-)

 

« Les Dieux sont nos métaphores et nos métaphores sont nos pensées » Alain

 

 

Anne Hodique

29 juin 2015

 

 

SOURCES

 

 

 

 

 

 

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