LA METAPHORE DANS LA VIE QUOTIDIENNE ET EN COACHING

Article n° 2 (suite du 31 mai 2015)

 

 

"La vérité réside dans la possibilité de considérer comme une métaphore ce que l'on avait l'habitude de prendre de façon concrète" Henri Corbin

 

La métaphore... Nous n'en parlons pratiquement jamais (explicitement), nous y pensons (consciemment) encore moins, quelle « drôle » d'idée d'ailleurs de s'intéresser à cela !

 

« Drôle »... elle peut l'être aussi ;-) Mais pas seulement...

La métaphore est présente dans notre façon de penser, d'agir et dans notre rapport au monde. Bien plus que nous ne le supposons.

Nous en avons eu un petit aperçu dans la publication du 31 mai avec les correspondances métaphoriques entre aliments et mots/idées (« dans son article, il y a à boire et à manger », « la proposition est alléchante », « la lecture nourrit l'esprit », etc...).

 

Pour illustrer notre rapport à la métaphore, l'image de l'Iceberg est assez approchante : nous sommes bien souvent comme ces navigateurs des pôles qui croisent des icebergs et ne voient que leur partie émergée.

L'objectif ici n'est évidemment pas de revivre « le naufrage du Titanic » mais plutôt de partir ensemble à la découverte de la beauté cachée de la métaphore, de ses innombrables richesses et de se laisser surprendre par ses ressources insoupçonnées qui peuvent d'ailleurs s'avérer aidantes dans le quotidien et dans le coaching.

 

"Les métaphores contiennent cette énergie inestimable dont nous avons tous besoin pour nous motiver et nous ressourcer" écrit Françoise Kourilsky.

 

 

Premier contact : une figure de style

 

C'est principalement en tant que figure de style que nous la connaissons et que nous la pratiquons par des phrases imagées.

Pour satisfaire notre "cerveau gauche" et sans aller sur le terrain des linguistes (extrêmement vaste), il est nécessaire de la définir à minima :

 

META du grec μετά(meta) : après, au-delà de, avec

PHORE : du grec φορός(phoros) porteur.

 

Selon les dictionnaires Larousse et Universalis, la métaphore est une figure de mots qui consiste à détourner le sens des mots, le procédé par lequel on transporte la signification propre d'un mot à une autre signification qui ne lui convient qu'en vertu d'une analogie, d'une comparaison sous-entendue. Elle modifie le langage ordinaire pour le rendre plus expressif.

 

Pas d'analogie, pas de métaphore !

 

Dans leur ouvrage, « l'Analogie Coeur de la pensée », Douglas Hofstadter et Emmanuel Sander démontrent que l'analogie n'est pas seulement une figure de style. Elle est bien plus que cela : un art vital au quotidien.

 

Pour appréhender l'inconnu, nous retournons vers le connu. Lorsque nous sommes face à une situation inédite, et donc face à une énigme (notre environnement nous en soumet continuellement), nous effectuons une opération naturelle :

  • nous recherchons dans notre mémoire des situations ressemblantes ;

  • ensuite, parmi la diversité de situations ressemblantes, nous choisissons la situation analogue la plus appropriée (il peut y en avoir plusieurs) ;

  • enfin, « munis » de cette situation analogue appropriée, nous pouvons affronter la situation inédite.

Voilà comment, par l'analogie, nous « résolvons les énigmes » qui nous permettent de continuer à vivre.  Cet art n'est pas seulement réservé à une élite, nous connaissons tous ce phénomène mental :

« la mise à profit de connaissances préalables pour aborder un phénomène relevant d'un nouveau domaine » Hofstadter et Sander.

 

C'est pourquoi l'analogie fait battre le coeur de la pensée et donc le coeur de la métaphore.

 

Une comparaison sous-entendue

 

La métaphore est une comparaison dans laquelle ne figure pas de mot/outil de comparaison (comme, tel que, semblable à...), une comparaison qui ne se présente pas comme telle (implicite).

Elle est donc « comme » une comparaison mais sans le « comme ».

 

«  Elle est principalement un moyen de concevoir une chose en termes d'une autre et sa fonction première est la compréhension » Lakoff et Johnson.

 

Sur le plan méthodologique, pour analyser le transfert métaphorique, il est nécessaire de distinguer deux notions essentielles : le domaine « source » et le domaine « cible ».

 

Le domaine « source » (le comparant) fournit les représentations qui sont appliquées de façon globale au domaine « cible » (le comparé) .

 

Démonstration « en image » : dans un passage de la Rhétorique, Aristote cite l'exemple de Homère et Achille : « quand Homère, en effet, dit d'Achille : « il s'élança comme un lion », c'est une comparaison ; mais lorsqu'on dit : « le lion s'élança », c'est une métaphore ; comme l'un et l'autre sont courageux, on a appelé Achille un lion par métaphore... ».

 

Dans la métaphore « le lion s'élança », le comparant est le lion et le comparé est Achille (de façon implicite).

 

 

Quelques usages de la métaphore

 

Sans entrer dans le détail des types de métaphores linguistiques, il est intéressant et amusant de constater que certaines sont passées dans le langage courant. Elles sont d'ailleurs tellement intégrées dans notre quotidien qu'elles passent complètement inaperçues.

 

C'est le cas par exemple de : « forger son caractère », « avoir une main de fer », « regagner son nid », le « pied » d'un meuble, « l'aile » d'un avion, un « bras » de mer, etc...

 

Les domaines et les exemples dans lesquels nous retrouvons la métaphore sont innombrables. Pour en citer quelques uns :

  • en économie (taux de change « flottant », « circulation » monétaire, « liquidité », « la chute » du billet vert) ;

  • sur internet (« surfer » sur le net, « exploration » du cyberespace) ;

  • dans le langage politique (les « acteurs » politiques, le « jeu » politique, « un pas vers » la paix, une idée qui fait « son chemin ») ;

  • dans la publicité (Arpège parfum de «lumière » /Lanvin, Mammouth « écrase » les prix, Twix « deux doigts coupe-faim », « sortez du troupeau » roulez en Polo ;

  • en entreprise

    - avec le registre combatif : « neutralisation » des concurrents, « moral » des troupes, « manoeuvres stratégiques » sur « un champ » concurrentiel, « objectifs » opérationnels,

    - avec le registre médical : les PME « souffrent» de la crise, quels « remèdes » pour les entreprises ?), etc...

 

Au-delà des mots

 

« … Vous connaissez sans doute ces livres en « 3D » fort à la mode il y a quelques années. Ils rassemblent des images plus ou moins figuratives, au dessin répétitif. Lorsqu'on les regarde un moment en cessant d'accomoder la vision, une image stéréoscopique s'impose à nous, un objet apparaît en relief. On ne peut plus ne pas voir, alors qu'il était absolument inaccessible au premier abord... » Gérard Szymanski

 

Aristote dans la Rhétorique dit que la sphère humaine est métaphorique.

 

Pour Nietzsche, la métaphore ne se réduit pas à une simple figure de style, elle est avant tout une opération de l'esprit : l'expression de l'instinct métaphorique, qui est « l'instinct fondamental de l'homme ».

 

George Lakoff et Mark Johnson confirment ces points de vue quand ils écrivent que la métaphore fait partie de notre vie de tous les jours dans le langage ainsi que dans la pensée et l'action.

 

Pourquoi ces penseurs et chercheurs affirment t-ils cela ? La métaphore serait-elle beaucoup plus présente dans notre vie que nous le supposons ?

 

C'est ce que nous verrons dans la prochaine publication. Nous ferons alors davantage connaissance avec la métaphore et nous découvrirons ainsi la partie "immergée" de l'iceberg... ;-)  

 

« Notre système conceptuel ordinaire, qui nous sert à penser et à agir, est de nature fondamentalement métaphorique » Lakoff et Johnson.

 

 

Anne Hodique

15 juin 2015

 

SOURCES

  • Dictionnaires Universalis et Larousse.

  • Kremer-Marietti, A. (1992). Nietzsche et la rhétorique. Paris : Presses Universitaires de France.

  • Aristote (2007). Rhétorique / Nouvelle traduction du grec. Paris : Pocket.

  • Kourilsky, F. (2008). Du Désir au plaisir de changer. Paris : Dunod.

  • Hofstadter, D. & Sander, E. (2013). L'Analogie Coeur de la pensée. Paris : Odile Jacob sciences.

  • Lakoff, G., & Johnson, M. (2011). Les métaphores dans la vie quotidienne. Paris : Les Editions de Minuit.

  • Melchior, T. (2008). Créer le réel – Hypnose et thérapie. Paris : Editions du Seuil.

  • Szymanski, G. (2011). La métaphore voie royale de la communication. Paris : InterEditions.

 

 

 

 

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