DONNER UN SENS A SA VIE

Article n° 2 : quelques pistes (suite du 3 mai 2015)

 

 

Dans la publication du 3 mai, nous avons commencé l'exploration du « sens » en découvrant ses différentes facettes que sont « l'aptitude », « la signification » et « la direction ».

 

Nous avons aussi fait le constat que nous cherchons tous à donner un sens à notre vie et à notre action.

 

Si « chacun doit le découvrir par lui-même » (Victor Frankl) et si chacun peut faire sa propre mise en scène comme nous y invite Shakespeare (« la vie est un spectacle. Autant faire sa propre mise en scène »), s'inspirer de l'expérience, de la réflexion d'autres penseurs et chercheurs peut être d'une grande aide dans notre quête.

 

Voici donc quelques pistes proposées par la philosophie et la psychologie et vous constaterez que ces pistes se rejoignent souvent...

 

 

Du côté des philosophes

 

Les précurseurs

 

Parler du « sens de sa vie » c'est aussi parler du bonheur.

 

Les philosophes grecs antiques (plusieurs siècles avant Jésus-Christ) sont les premiers à s'être penchés sur cette question. Ils souhaitaient élaborer une sagesse permettant d'accéder au bonheur et au sens de l'existence.

Tous n'avaient pas la même conception du bonheur.

 

Les hédonistes (du grec hêdonê = plaisir) étaient partisans du plaisir en tant que valeur suprême.

Aristippe de Cyrène enseigne que le but de la vie consiste à l'assouvissement des désirs personnels immédiats, à éprouver la quantité maximale de plaisir et que le bonheur est la somme des moments hédonistes d'une personne.

 

Les eudémonistes (du grec eudaimonia, « bonheur ». Eu = bon - daimon = génie ou puissance divine) défendaient avec ferveur les vertus de l'âme (intellectuelles et morales) et prônaient le bonheur comme but de l'existence humaine.

L'individu eudémoniste accomplit pleinement son existence, en particulier en utilisant ses capacités de raisonnement, en agissant moralement (justice, générosité, tempérance, etc...) et en partageant son bonheur avec des êtres proches.

Trois « VIP » eudémonistes : Aristote, Platon et Socrate.

Selon Aristote, «le but ultime de l'existence est le bonheur et le bonheur est l’activité de l’âme dirigée par la vertu ». Le bonheur implique donc « une vertu parfaite et une existence accomplie ». Aristote ne rejetait pas le plaisir mais considérait que celui-ci n'est pas le bien en soi, plutôt une conséquence du bien et de l'eudémonisme.

Pour Platon et Socrate, une vie ne vaut la peine d'être vécue que lorsqu'elle est « examinée », qu'elle ne reste pas vague.

 

Les épicuriens étaient à la fois hédonistes (le bonheur passe par le plaisir sensible du corps) et eudémonistes (le bonheur repose sur la pratique de la philosophie pour atteindre la sérénité et nourrir son âme).

On a souvent tendance à confondre l'hédonisme avec l'épicurisme qui est une morale du plaisir mais dans les limites du simple besoin.

Les épicuriens recherchent les plaisirs simples, l'absence de douleur plutôt que l'excitation des sens et donc les passions qui entraînent la souffrance. La sagesse épicurienne attache beaucoup d'importance à l'amitié : ce sont les plaisirs de l'âme qui l'emportent sur les plaisirs du corps.

 

 

Plus près de nous

 

Descartes a défini des règles précises pour guider sa vie. Ainsi, donner du sens à sa vie consisterait avant tout à lui imprimer une direction clairement établie et fermement maintenue dans la durée.

 

Pour Nietszche, la vie n’a de sens que pour un être qui prend sa propre en vie en main et en fait en quelque sorte une oeuvre d’art. Il semble donc associer « sens de la vie » à « forte individualité ».

Nietzsche serait le premier à avoir utilisé l'expression «sens de la vie » (en 1875). L'expression est donc relativement récente.

 

Philosophe contemporain, Paul Ricoeur se réclame d'Aristote. Il qualifie de visée éthique « la visée de la « vie bonne » avec et pour autrui dans des institutions justes.

 

Bernard Benattar (contemporain lui aussi), explique que désir et sens sont étroitement liés.

Voici quelques éléments issus d'un court extrait d'une de ses interventions :

« Ce qui peut donner sens, ce qui fait que je me sens vivant et que ma vie a du sens, c'est que j'ai des désirs et des désirs (pas seulement satisfaits) qui peuvent se développer sans cesse.

Désir ne veut pas dire confort.

Il peut être un élan qui est presque le moteur de la puissance. « Le désir c'est le moteur principal de la puissance d'agir » Spinoza.

Mon désir qui ordonne ma puissance d'agir est un désir de sens, très souvent.

J'aime agir quand je me sens désireux du sens que je vais pouvoir créer. Et donc apparaissent tout un tas de valeurs.

Quelques exemples de désirs de sens : désir de justice, de liberté, de transmission, d'affirmation de soi, de reconnaissance, de comprendre, de savoir, d'agir, d'être l'auteur de quelque chose ».

Il peut aussi y avoir des interruptions du désir, des repos du désir".

 

 

Du côté des psychologues

 

Jung

Alors que Freud nous propose de "faire avec nos névroses quotidiennes", Jung suggère de nous "réaliser".

La mise en lumière progressive des contenus inconscients développe la personnalité individuelle et la dissocie du collectif en amenant à la "réalisation de soi-même".

C’est ce que Jung appelle « l’individuation ». Processus en quatre étapes, l'individuation fait passer de l’ego (le moi) au soi.

Le soi (quatrième et dernière étape) est le dépassement de nos contradictions et des opposés, une sorte de centre psychique dépouillé des affres de la persona, et naturellement relié à l’essentiel.

L'individuation est création permanente, tournée vers le futur. Elle répond à l'éternelle question « pourquoi vivons-nous ? ».

 

Victor Frankl

Psychiatre autrichien contemporain de Freud, Victor Frankl enseigna la neurologie et la psychiatrie à l’Université de Vienne, à Harvard et à Dallas au Texas.

Il a fondé « la logothérapie », thérapie basée sur la découverte du sens de sa vie.

Cette forme d'accompagnement est encore peu connue en France. Elle l'est beaucoup plus dans les pays de langue allemande, anglaise ou américaine.

 

Ses réflexions lui viennent de sa terrible expérience des horreurs de la seconde guerre mondiale. Sa famille a disparu en déportation et lui-même est le survivant de quatre camps de concentration.

Revenu chez lui, il écrit en neuf jours un livre traduit en Français sous le titre « découvrir un sens à sa vie ». L'objectif de Frankl était de montrer au lecteur, à l'aide d'exemples concrets, que la vie a toujours un sens, même dans les circonstances les plus pénibles.

 

Contrairement à la psychanalyse, la logothérapie s'intéresse au présent et à l'avenir, c'est-à-dire à la signification que la personne peut lui donner.

 

Pour Frankl, l'être humain ne cherche avant tout ni le plaisir ni la souffrance, mais plutôt une raison de vivre. Il maintient que la motivation principale de l'homme est le besoin de trouver une signification à ce qui lui arrive dans son quotidien. "Lorsqu'on trouve un sens aux événements de sa vie, la souffrance diminue et la santé mentale s'améliore" Frankl. 

 

Nietzsche écrivait : « celui qui a une raison de vivre peut endurer n'importe quelle épreuve, ou presque ». Dans les camps de concentration, Frankl rapporte que les plus aptes à survivre étaient les prisonniers qui avaient un projet à réaliser après leur libération.

 

Victor Frankl considère l'homme comme une totalité trinaire, à savoir : physique-psychique-spirituelle (approche holistique).

Selon lui, on peut découvrir le sens de la vie de trois façons :

  • par son attitude envers une souffrance inévitable : faire appel au potentiel le plus élevé de l'être humain, celui de transformer une tragédie personnelle en victoire, une souffrance en une réalisation. Cela consiste à changer son attitude face au destin en donnant un sens à sa souffrance. Et à transformer les situations pénibles en réussites personnelles. Arriver à transcender la souffrance,

  • à travers une oeuvre (la création) ou une bonne action,

  • en faisant l'expérience de quelque chose ou de quelqu'un : faire l'expérience de la bonté, de la vérité, de la beauté. Par exemple, prendre contact avec la nature ou avec une certaine culture ou à travers l'amour. Par son travail.

 

« Inutile de chercher un sens abstrait ! Cela peut être des actes simples et quotidiens comme transmettre le savoir pour un enseignant, un parent ou un manager ; créer des espaces à vivre pour un architecte, un décorateur ou un urbaniste ; réaliser une œuvre pour un

artiste ; ou dépasser une souffrance, dans le cas d’une maladie ou d’un handicap » Anna-Maria Stegmaier.

 

On peut affirmer que Victor Frankl est un résilient, au même titre que Boris Cyrulnik.

 

 

Boris Cyrulnik

Psychiatre et psychanalyste, Boris Cyrulnik est connu pour ses travaux sur la résilience qu'il décrit comme "l'art de naviguer dans les torrents".

Les personnes résilientes ont la capacité à rebondir dans l’adversité et donc à trouver un sens à leur vie.

Il est possible de devenir plus résilient et/ou plus épanoui en développant certaines habitudes et certaines qualités.

 

Ce qui favorise le sens, c'est notamment :

  • développer ses forces intérieures, contrôler ses affects (optimisme, courage, confiance en soi, flexibilité, humour, honnêteté, persévérance),

  • le travail, avoir un but précis, l'apprentissage tout au long de la vie, la créativité, la sublimation,

  • le sentiment d'appartenance à un groupe, la générosité, les relations interpersonnelles.

 

 

Jacques Lecomte

Le débat hédonisme/eudémonisme s'est déplacé de nos jours au sein de la psychologie, sous forme d'un débat bien être/sens de la vie.

Le bonheur est parfois assimilé au principe hédoniste : bonheur = bien être. Mais depuis quelques années, divers psychologues contestent cette façon de voir. Ils se réfèrent souvent à Aristote et à la psychologie humaniste en soulignant que l'eudémonisme désigne la vie pleine et réussie de l'être humain, le fonctionnement optimal d'une personne en terme de réalisation de son potentiel.

 

Le psychologue Jacques Lecomte s'est interrogé sur les liens existant entre bonheur, bien-être et sens. Selon lui, bonheur = sens de la vie + bien être.

 

Les résultats des recherches actuelles montrent que le bien-être (élément à court terme) et le sens (élément à long terme) sont complémentaires ; c’est lorsque l’individu vit ces deux expériences qu’il est véritablement heureux.

 

Plus précisément, une personne a une bonne santé mentale et physique et ressent du bonheur dans sa vie lorsqu'elle a simultanément ces deux ingrédients :

  • du bien être : le confort, la sécurité, les plaisirs de la vie (loisirs, ciné, fête, sport...),

  • et du sens : ce qui donne du sens à la vie :

- le coeur : les relations interpersonnelles,

- le cerveau : les convictions, les croyances, les valeurs,

- la main : l'action, l'engagement (dans des associations).

   Pour certains, c'est l'amour et l'amitié qui seront privilégiés, pour d'autres l'engagement  

   concret, pour d'autres encore les convictions personnelles.

 

Dans la réalité, ils sont souvent interactifs : en étant dans l'action autour de valeurs, on rencontre des amis. Ou bien on sort au pub, on retrouve des amis de notre association et on parle des valeurs communes.

 

Cependant, s'il manque un ingrédient, la recette du bonheur est incomplète :

  • S'il n'y a que le bien être (faire la fête tous les soirs par exemple), il manque quelque chose car le bien être n'a pas de fonction profonde et durable.

  De même, l'excès de confort et de sécurité, et donc l'absence de sensations, enlève de la    

  saveur à la vie. Exister c'est aussi avoir des sensations. Les sensations donnent du sens

   à la  vie !

  • Et si on ne vit que dans le sens, sans le bien être, cela ne suffit pas non plus pour un bonheur complet.

 

« Plutôt que d’assimiler bien-être et bonheur comme le font les philosophes hédonistes, en évacuant toute référence au sens de la vie, il semble plus pertinent de considérer que le bonheur résulte de la présence conjointe du bien-être (facette émotionnelle à court terme) et du sens (facette cognitive à long terme) ». Jacques Lecomte

 

Jacques Lecomte et Victor Frankl se rejoignent puisque Frankl écrit : « qu’attend-on pour faire place a une “psychologie des hauteurs” qui tiendrait compte non seulement de la quête du plaisir, mais aussi de la volonté de sens ».

 

 

En général

 

Plusieurs enquêtes révèlent qu'il y a principalement trois grandes façons de donner du sens à sa vie :

  • Par les relations affectives : l'amour, l'amitié et la parentalité. Les personnes qui ont des relations sociales positives trouvent leur vie plus satisfaisante, dépriment moins et supportent mieux les coups du sort (tels que le deuil, le chômage...),

 

  • Par les pensées, croyances et valeurs :
  • avec la philosophie (dont l'enjeu consisterait à répondre à la question « Comment vivre ? »), les interrogations sur soi et les autres, les attitudes face à la souffrance, les réponses offertes par les thérapies,
  • avec les valeurs et la dimension spirituelle (Léon Tolstoï témoigne d’une conversion individuelle comme réponse à une quête de sens à l’existence. A l’âge de 50 ans, parvenu au faite de la gloire, il traverse une douloureuse période de désespoir qui le mène au bord du suicide. Après une quête infructueuse dans les sciences et la philosophie, il se tourne « vers ces immenses masses d’hommes simples, ni savants ni riches » dont la foi simple le bouleverse profondément et l’amène à cette certitude. Il écrit : « je compris que la foi n’était pas seulement le dévoilement des choses invisibles, ni une révélation (...), ni la relation de l’homme à Dieu (...), mais que la foi était une connaissance du sens de la vie humaine, grâce à laquelle l’homme vivait plutôt que de se tuer. La foi était la force de la vie. Tant que l’homme vit, il doit croire à quelque chose. S’il ne croyait pas qu’il faut vivre pour quelque chose, il ne vivrait pas »),

  • avec l'art (pour le sculpteur Auguste Rodin, les œuvres d’art « nous arrachent à l’esclavage de la vie pratique et nous ouvrent le monde enchanté de la contemplation et du rêve. (…) L’art indique aux hommes leur raison d’être. Il leur révèle le sens de la vie, il les éclaire sur leur destinée et par conséquent les oriente dans l’existence. »

     

  • Par nos actes : l'engagement par l'action et notamment l’activité professionnelle constitue une source importante de sens pour de nombreuses personnes. Beaucoup trouvent du sens à leur travail, par divers moyens.

    Sans oublier l'activité artistique, humanitaire ou autre.

 

 

La pratique

 

Après la théorie, la mise en pratique !

Le Tao dit "chaque jour, demandez-vous ce qu'il y a d'inexprimé en vous. Puis, exprimez-le"

 

Dans la dernière publication, il sera question de quelques petits trucs et astuces pour trouver le sens.

Par exemple, par la détente, par la pleine conscience ou par la connexion à ses rêves, etc.

 

Peut être que certains d'entre vous pensent déjà « chouette, on n'aura pas à se casser trop la tête pour trouver le sens ! ».

Gardez-la en un seul morceau ; -) pour aller à la rencontre de VOTRE sens...

 

 

« Il n'est jamais trop tard pour devenir ce que l'on aurait pu être » George Eliot

 

Anne Hodique

 le 9 mai 2015

 

 

 

SOURCES

 

 

 

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